Mai 1940 — Une victoire éclair
Première partie
Quelques précisions — Le général Chauvineau
Livre I — Quelques précisions
Ch. 1 — La guerre totale
Trois grandes catégories de guerres se succèdent dans l’histoire moderne : les guerres de siège du XVIIe siècle, les guerres dites « du cabinet » du XVIIIe, et les guerres « du peuple » qui s’ouvrent avec la Révolution française et trouvent en Bonaparte leur premier organisateur. Avec la révolution industrielle et l’armée de masse, la guerre devient une guerre d’usure. La Grande Guerre n’a pas « inventé » une nouvelle façon de combattre : elle a au contraire rétabli la guerre de siège à l’échelle d’un continent — ce que peu de militaires ont compris.
Ch. 2 — Le soi-disant « front continu »
L’expression a fait fortune mais reste mal définie. Un « front continu » est avant tout un front incontournable : ni stratégie, ni tactique, mais le simple résultat d’une saturation de l’espace par des armées massives. La Grande Guerre, sans flancs, en avait offert l’exemple complet ; les guerres de 1939-1945 fournissent à leur tour des fronts incontournables, mais aussi de longues pauses entre les offensives. Les chars n’ont nullement ramené à une guerre courte : ils ont seulement déplacé le rythme de l’usure.
Ch. 3 — Le soi-disant « Blitzkrieg »
L’Allemagne ne peut supporter une guerre de longue durée. Faut-il pour autant croire à un blitzsieg par blitzkrieg, à un « binôme char-avion » miraculeux ? Le mot lui-même n’est qu’un mot de comptoir et un radotage journalistique. La rapidité est l’essence même de la guerre depuis Sun Tzu ; Clausewitz, Bonaparte et Chauvineau le redisent. La locomotive et le moteur n’ont fait qu’accélérer les opérations. La défensive elle-même peut être rapide — la Marne en témoigne. Et la stratégie méthodique française de 1939 n’est qu’une parenthèse dans la longue tradition de la mobilité.
Livre II — Le général Chauvineau
Ch. 4 — Biographie
Polytechnicien, le général Louis Chauvineau sert au 33e Corps d’armée de 1914 à 1917, reçoit deux citations et la Légion d’honneur à Verdun. Affecté en Grèce, puis professeur à l’École supérieure de guerre, il y donne le cours de fortification — un cours qui déconcerte ses auditeurs par son originalité. Commandant de l’École du génie à Besançon, il achève en 1936 le manuscrit de son grand livre. Versé au cadre de réserve en octobre, il dirige en 1939-1940 les travaux de la « ligne Chauvineau » en avant de Paris.
Ch. 5 — « Une invasion est-elle encore possible ? »
La réponse de Chauvineau est « oui ». Vétusté inquiétante de l’organisation de l’armée, incapacité à attaquer comme à protéger le territoire, nécessité d’une réorganisation de fond en comble : tels sont les diagnostics. Ses propositions tiennent en quelques principes simples — armée blindée, motorisation, divisions de choc, préparation simultanée d’une défensive terrestre et d’une offensive aérienne, avec le maximum de moyens pour l’aviation, y compris aérochimiques. Il décrit par avance « une attaque brusquée, blindée, par surprise » et annonce une longue guerre de masse et d’usure dont il prévoit l’issue et le suicide de Hitler.
Ch. 6 — Erreurs d’après-guerre
Pour Chauvineau, l’année 1935 marque « le plus rude coup de l’après-guerre » et le moment où la guerre aurait pu être évitée. La ligne Maginot offre un mauvais rapport qualité-prix ; « notre infanterie ne pourrait guère attaquer avec succès que des nègres », écrit-il, et notre organisation militaire est « une erreur colossale ». Plus grave encore, on n’a pas organisé de solide position sur la frontière belge : « nous avons organisé la destruction des Français au début d’une prochaine guerre ». Gamelin n’a pas compris la guerre moderne ; la responsabilité de Pétain est entière.
Ch. 7 — Une étrange préface
La préface de Pétain est une énigme. Premier falsificateur de Chauvineau, Pétain réduit « toutes les unités de chars » à « quelques chars cuirassés » et prétend que l’auteur « n’envisage que la défensive ». L’antithèse entre les doctrines de Pétain et celles de Chauvineau, clausewitzien jusque dans l’esprit, est totale — tandis que Pétain réserve son blitzkrieg au paysan.
Ch. 8 — La notoriété du livre. Les ignorants
Marc Bloch s’interroge : comment écrire des phrases dignes parmi les Heils! des Barbares ? La haine de l’occupant et de ses collabos rejaillit sur l’auteur du livre. A-t-il lu Chauvineau jusqu’au bout ? On peut en douter. À sa suite, des comptes rendus tronquent, amputent et falsifient les citations, ou critiquent un livre qu’ils n’ont pas lu. La petite taille de Reynaud, les parjures de Gamelin et une trentaine d’autres témoignages de mauvaise foi composent une légende dont le présent ouvrage entreprend la déconstruction.
Ch. 9 — Diplomatie
La politique et le soldat : Sun Tzu, De Gaulle, Marc Bloch et Clausewitz sont convoqués. Pour Chauvineau, le « front continu » garantit la paix ; la France, nation armée, n’a pas besoin d’alliés — « le désarmement, c’est la guerre ». Une organisation militaire forte est le meilleur moyen d’intimidation et le meilleur appui d’une diplomatie active. Une aviation puissante et l’alliance anglaise sont les plus intéressantes ; en revanche, une alliance française n’a aucun intérêt pour la Belgique. L’antagonisme russo-allemand persistera, et il n’y aura pas de victoire rapide allemande — sauf en cas de lâcheté française et de stupidité britannique.